Pourquoi est-il urgent de protéger les vipères françaises ?

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Vipère aspic (©Laurent Barthe)

Le projet d’arrêté de protection des Amphibiens et Reptiles de France métropolitaine, dont la consultation s’est terminée le 1er décembre dernier, suscite de nombreuses réactions. Ce dernier, qui a pour objectif de réviser la précédente version adoptée le 19 novembre 2007 en adaptant, entre autres, le statut de protection des espèces à leur état de conservation, évoque explicitement «des raisons de sécurité» pour justifier le maintien de l’autorisation de la destruction des vipères aspic et péliade. Force est donc de constater que les dernières études relatives à l’état des populations de ces deux espèces ne semblent toujours pas être prises en considération par le Ministère de la transition écologique et solidaire. Pourquoi est-il urgent de protéger les vipères françaises* ? Nous vous expliquons.

 

  • Les populations de vipères sont en déclin

 

En 2015, la Liste rouge des espèces menacées en France pour les Reptiles et Amphibiens de France métropolitaine, publié par l’UICN en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle, dressait un constat plus d’inquiétant, en accord avec son précédent état des lieux réalisé en 2008 : pour plus de la moitié des espèces de reptiles et d’amphibiens, la tendance d’évolution des populations est au déclin. En cause, la destruction et la fragmentation des habitats naturels, l’agriculture intensive et l’usage en masse des pesticides qui détruisent la petite faune locale. Indépendamment de ces causes, les serpents hexagonaux, détestés et méconnus, subissent également, davantage leur mauvaise réputation, qui semble légitimer leur tuerie à l’échelle individuelle, que leur réelle dangerosité supposée. C’est l’une des raisons pour lesquelles, la Société Herpétologique de France (SHF), soutenue par de multiples associations de protection de la nature régionales et nationales, demande la protection complète de la vipère aspic et de la vipère péliade*.

La vipère aspic (Vipera aspis) et la vipère péliade (Vipera berus) présentent des déclins très préoccupants depuis des dizaines d’années. Classée vulnérable sur la liste rouge nationale depuis 2015, la vipère péliade est très sensible aux changements climatiques et devrait voir sa population se réduire fortement dans les années à venir selon une étude publiée en 2012 par Michael Guillon. Concernant la vipère aspic, les études de Reading et al.(2010) et Luiselli et al.(2018) réalisées au cours des 40 dernières années montrent un déclin sévère des populations en France et en Italie. Dans le sud-ouest de la France, l’état de conservation des populations de la vipère aspic est particulièrement alarmant. L’espèce possède, à ce titre, un statut UICN vulnérable (VU) dans les listes rouges d’Aquitaine et du Midi-Pyrénées : elle est considérée comme menacée de disparition.

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Vipère péliade (©Gilles Pottier)

 

  • Elles ne sont pas une réelle menace

 

Avec un taux de mortalité proche de zéro, les cas de morsures de vipères sont, en réalité, extrêmement rares en France : il n’y a pas eu de mort déclarée en France par morsure de vipère depuis 2003 par un spécimen sauvage (la mort, en 2013, de l’herpétologiste Dieter Zorn ayant été engendrée par la morsure d’un spécimen captif durant une manipulation volontaire). Plusieurs pays européens, comme la Suisse (1991), la Belgique (1973) ou l’Allemagne (1976), protègent ces deux espèces depuis plusieurs années sans qu’aucune augmentation du nombre d’envenimations n’ait été constatée. « Les raisons de sécurité » invoquées par le Ministère de la transition écologique et solidaire pour justifier la destruction de ces deux espèces, relèvent donc d’un manque d’objectivité. Rappelons que tenter de tuer une vipère multiplie les risques de morsure, la meilleure attitude à adopter face à ce reptile étant de le laisser prendre la fuite.

*Contrairement aux autres espèces de serpents français qui bénéficient d’un statut de protection concernant leur destruction (article 2 et 3), la mise à mort des vipères aspic et péliade, est, jusqu’à ce jour, autorisée par l’article 4 de L’arrêté du 19 novembre 2007 fixant les listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection. À ce titre, la société herpétologique de France, soutenue par de multiples associations de protection de la nature régionales et nationales, demande le statut de protection le plus complet pour ces deux espèces, c’est-à-dire, leur intégration à l’article 2 du présent arrêté.


 

Pour en savoir plus :

Consulter la Liste rouge des espèces menacées – Reptiles et Amphibiens de France métropolitaine (2015).

Lire la lettre de la Société herpétologique de France à destination du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire.

Consulter le Projet d’arrêté ministériel fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire national et les modalités de leur protection.

Consulter l’Arrêté du 19 novembre 2007 fixant les listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection.

 

Par Leslie Anna D.

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