Transformer le plastique en carburant : l’engagement de Rémi Camus

 

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Pour Rémi Camus, l’aventure est rarement un projet personnel. À 33 ans, ce jeune sportif de l’extrême n’hésite pas à se surpasser pour défendre une cause : la pollution des eaux. Loin de se contenter de discours, il nous propose aujourd’hui une idée ingénieuse pour pallier la pollution plastique, le premier ennemi de la faune sauvage marine.

 

Pourquoi avoir fait de l’accès à l’eau votre combat majeur ?

R.C- Ce combat m’est tombé dessus comme un cheveu sur la soupe : la première aventure que j’ai réalisé, la traversée du continent australien, a été faite au départ dans le but de sensibiliser les gens sur une maladie génétique, le syndrome de Lowe, qui touche principalement les garçons. Fin 2011, je suis allé à Melbourne et j’ai traversé l’Australie en courant pendant 5400 km. Dans l’émission Wild, on peux se permettre de tout faire car, derrière, une équipe de médecins nous supervise. Au milieu de l’Australie, aucun médecin à l’horizon. Durant cette traversée, j’ai découvert la sensation procurée par le manque d’eau, au point de devoir boire mon urine à 2 reprises. Ça a été l’élément déclencheur.

 

Vous avez entrepris une énorme aventure : la descente du Mékong, du Tibet au Vietnam – environ 4500 km en hydrospeed – pour sensibiliser sur la pollution de l’eau et en particulier sur le plastique. Pourquoi avoir choisi cette partie du monde ?

R.C-  En réalité, ce n’est pas le plastique qui pollue le plus, c’est le plus visible seulement. Il existe une pollution chimique énorme mais qui ne se voit pas. Les premiers barrages hydroélectriques ont été construit 20 ans auparavant en Chine : cela affecte donc tous les pays traversés par le Mékong, et donc le Vietnam. La quantité d’eau du fleuve diminue mais la qualité également : les nutriments essentiels pour nourrir la faune et la flore disparaissent. Les populations qui bordent le fleuve et se nourrissent principalement à partir de lui (culture de riz, élevage de crevettes etc) sont obligés de pallier ces manques avec des produits chimiques dangereux pour booster leur agriculture. Il n’y a pas de contrôle et de réglementation sur l’usage de ces produits, donc chacun en déverse à sa convenance. Résultat? Ils en ingèrent eux-mêmes de grandes quantités. Concernant la problématique des déchets plastiques, elle va bien au delà de ce qu’on imagine, ça fait un siècle que le plastique existe, on nous raconte depuis des années que c’est biodégradable en 400 ans, puis en 500 ans : c’est des conneries. Dans 2000 ans, peut-être qu’il sera encore là. Une étude a récemment montré que du plastique se retrouvait dans nos excréments ; on mange plastique, on respire plastique… C’est déjà trop tard : notre but, désormais, est de limiter les dégâts.

 

Si j’ai bien compris, votre projet, sur le long terme, est de proposer un revenu financier aux populations vivant aux abords du Mékong en échange de leur récolte de plastique ?

R.C- Il est important de comprendre que l’écologie est quelque chose créée par les pays industrialisés qui ont de l’argent et du temps. Dans un pays du tiers monde, disons-le franchement, les gens en ont rien à faire de la saleté : leur priorité est juste de nourrir leur famille. Si vous étiez dans la même situation qu’eux, vous ne verriez pas les choses de la même façon. Lors de mon tour de France à la nage, je donnais cet exemple : imaginez que je mette une valeur marchande sur le sable. Dès le lendemain, la plage serait pratiquement vidée de son sable… C’est l’idée que j’aimerais mettre en place : offrir une rémunération pour la collecte des déchets, créer une économie sur la consigne car c’est une manière efficace de valoriser les déchets.

 

Dans ce but précis, vous avez introduit une machine étonnante qui transforme le plastique en carburant. Comment est-elle née ?

R.C- Ça fait longtemps que je travaille sur ce procédé. J’ai commencé en 2014 en trouvant une société au Japon qui construisait cette machine.

Le plastique est déjà issu d’hydrocarbure donc autant le transformer et lui donner une valeur marchande à défaut de le laisser polluer la nature.

On est loin d’un recyclage vert, d’ailleurs on m’en fait régulièrement le reproche, mais je ne suis pas écolo : je suis juste un homme pragmatique avec une conscience écolo. Comme tout le monde, je prends l’avion ou ma voiture pour voyager et tout cela consomme du carburant : tout notre mode de vie fonctionne sur ça. Je ne peux pas arrêter ces choses-là par contre, je peux proposer des solutions alternatives. La transformation du plastique en carburant fait partie de ces solutions selon moi.

 

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Rémi Camus lors de sa descende du fleuve Mékong en 2014 ©Rémi Camus Explorer

 

Vous vous heurtez sans cesse à des sceptiques. Quels sont leur argument contre ce projet ?

R.C- La plupart de ces personnes pense que ça ne fonctionne pas, c’est la raison pour laquelle je fais régulièrement des conférences pour leur démontrer le contraire. Je n’incite personne à s’y intéresser ou à me croire sur parole : je fais juste fonctionner la machine pour en sortir de l’huile. Grâce à cette huile, je fais ensuite démarrer une tronçonneuse pour montrer que ça marche. Beaucoup m’attaque sur mon côté écologique en me disant “ce n’est pas très écolo” : ce n’est pas une solution 100% énergie verte, mais il est préférable que le plastique soit récupéré, transformé et utilisé plutôt que laissé dans la nature au risque et péril de la faune sauvage.

Ça fait seulement 5 ans qu’on commence à comprendre les effets néfastes du plastique sur la nature : il arrive en gros morceau puis, souillé par les différents éléments naturels, se transforme en microparticule de plastique.

De plus, on néglige souvent les différents produits chimiques injectés dans ce plastique pour le rendre plus résistant, plus coloré, plus optimal… Ces produits chimiques se retrouvent également dans l’eau en intégrant son cycle : au final, on retrouve ces particules partout, la planète Terre est recouverte de matière plastique. Ces montagnes de plastique que nous apercevons dans les mers et océans ne représentent que 1% de la partie visible de l’iceberg : tout le reste est sous l’eau. On commence seulement à prendre conscience de l’immensité de la catastrophe liée à la pollution.

 

Pour terminer, que devons-nous changer immédiatement dans nos habitudes selon vous  ?

R.C- La première chose serait d’arrêter de dire “je ne sais pas quoi faire” : rejeter la faute est la façon la plus simple de se débarrasser du problème. On peut tous faire quelque chose, ramasser les déchets et utiliser moins de plastique est à la portée de tous. Les premiers gestes écoresponsables sont simples : mettre ses déchets dans une poubelle et les trier pour les recycler. Quand on voit un déchet, se baisser et le ramasser : si tout le monde le faisait, ce serait déjà plus propre. Ce n’est pas tout, tant que l’on ne met pas en place des projets qui permettent aux gens de gagner de l’argent sur les déchets, on ne réglera pas le problème. Pour cela, il faudrait par exemple, remettre la consigne en France : si vous n’attribuez pas une valeur marchande aux déchets, les gens ne s’y intéresseront pas. On a basé notre mode de vie sur l’argent – à tel point que l’on pense qu’il n’y a que ça qui compte – et le problème, c’est que l’environnement est le premier à en payer les frais.

 


En savoir plus :

Une première étude expose la présence de microplastiques chez l’être humain

Association Gestes Propres 

Le projet « Plastic to Oil »

 

Par Leslie Anna

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