Adoptons un mode de vie zéro déchet avec Mélissa de la Fontaine

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Chaque année, environ 1,8 million d’animaux marins sont tués à cause des divers déchets en plastique jetés à la mer. Un chiffre inquiétant qui tend à évoluer d’année en année : d’ici 2050, on estime que toutes les espèces d’oiseaux marins seront contaminés par le plastique. Impossible à nier davantage : il est urgent que nous remettions en question notre manière de consommer si nous souhaitons agir sans plus attendre. Conférencière et adepte du Zéro Déchet, Mélissa de la Fontaine nous explique avec passion ce mode de vie écoresponsable.

 

Pour commencer, peux-tu m’expliquer ce concept que tu défends régulièrement à travers les médias : celui de la décroissance ?

La décroissance est un concept qui vise à déconstruire toute la structure économique actuelle : elle va à l’encontre du principe moderne qui veut que, pour qu’un pays aille bien, son PIB doit être constamment en progression. Pour qu’un PIB soit en constante croissance, il faut consommer plus donc produire plus, et cela va à l’encontre du rythme auquel sont produites nos ressources naturelles, limitées et épuisables. C’est un concept inverse à la croissance : il faut consommer moins, c’est-à-dire se contenter de ce que l’on a besoin et ralentir. Il y a encore pas si longtemps, je ne travaillais pas encore sur la décroissance. À la base, je travaille sur le Zéro Déchet, mais indirectement, le lien s’est créé. Le Zéro Déchet se repose sur les 5R : le premier c’est Refuser, dire non à toute chose inutile. Le deuxième c’est Réduire ce dont on a besoin. Ensuite, on doit Réutiliser ou Réparer puis Recycler et Composter (« Rot » en anglais). Les 2 premiers R sont Refuser puis Réduire, nécessairement c’est lié à la décroissance, c’est-à-dire que nous devons consommer uniquement ce dont nous avons besoin et refuser le reste. Bien que je ne sois pas une spécialiste, c’est à partir de cet instant que j’ai mis un pied dans la décroissance.

 

À quel moment précis as-tu eu cette prise de conscience ?

J’ai eu deux déclics : le premier s’est produit en décembre 2012. J’ai vu une vidéo de Béa Johnson. À la base, je pensais que j’étais écolo parce que je prenais les transports en commun et parce que je recyclais. Quand j’ai vu sa vidéo, je me suis dit que, définitivement, je pouvais faire plus. Mais je n’ai pas agi tout de suite. J’ai dû attendre mon deuxième déclic à Noël quand j’ai vu toute cette consommation inutile au sein de ma famille. Puis en janvier 2013, j’ai commencé. Lors de ma première année, j’étais concentrée sur le Zéro Déchet, c’est-à-dire sur ma poubelle et c’est tout. Plus les années ont avancé et plus mon intérêt s’est élargis : j’ai commencé à m’intéresser à d’autres modes de consommation responsables comme consommer biologique, manger moins de viande, manger local, manger de saison… Autant de façon de produire moins de déchets dans un concept plus large. On oublie souvent les déchets que l’on produit mais que l’on ne voit pas : par exemple, tous les déchets qui vont être produits lors de la fabrication d’un objet avant son achat, puis les déchets produits lorsqu’il va quitter notre maison. Tout cela a conduit à un champ de réflexion plus large qui est lié à la décroissance.

 

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L’achat de produits en vrac est une démarche Zéro Déchet : ce mode de distribution supprime le conditionnement du produit et réduit l’utilisation d’emballages.

 

Si j’ai bien compris, tu épouses un mode de vie minimaliste. Es-tu également végane ?

Les deux sont liés : je ne suis pas parfaitement Zéro Déchet, je ne suis pas parfaitement végétarienne, mais j’essaye de faire de mon mieux. Je vis par exemple dans un 2 et demi avec un chat et un oiseau (rires). Quand tu mets le pied dans un mode de consommation responsable, j’ai l’impression que tu finis par croiser les autres modes de consommation car tout est relié d’une certaine façon. Par exemple, lorsque tu épouses le mode de vie Zéro Déchet, tu te rends compte que consommer des produits animaliers crée énormément de déchets. À l’inverse, si tu es végan et que tu détiens une sensibilité envers les animaux, tu en viens à rejeter le plastique qui risque de se retrouver dans les océans et de les tuer… Les deux sont interreliés d’une façon ou d’une autre. Ça ne veut pas dire que les gens vont épouser tous ces modes de consommation, mais il y aura une réflexion dans tous les sens.  

 

Quelles sont les premières étapes ou les conseils que tu donnerais pour toutes les personnes qui aimeraient se lancer dans cette manière de consommer écoresponsable ?

Selon moi, il n’y a pas de meilleure façon de commencer, cela dépend de chacun. Mon meilleur conseil serait de commencer par ce qui semble le plus motivant, le plus accessible ou le plus facile. Ce n’est pas la même chose pour tout le monde, c’est pourquoi, c’est difficile de proposer un geste qui convienne à tous. Par exemple, si une personne aime les produits cosmétiques, je lui conseillerais de commencer par faire ses propres produits à la maison. Il y aurait peut-être un geste très simple et significatif que chacun pourrait faire rapidement : celui de composter. Ça retire la moitié de la poubelle pour commencer, et en plus c’est un déchet que l’on ne veut pas envoyer dans un dépotoir, car dans un dépotoir, ça pollue énormément. Donc composter peut être un geste rapide et simple, sinon il n’y a pas de bonne réponse.

 

Comment as-tu commencé un mode de vie zéro déchet ?

C’était un peu violent car j’ai adopté plein d’habitudes d’un coup (rires). Ce que je conseille en général, c’est d’assimiler une habitude à la fois. Une fois que l’habitude est intégrée, on peut en travailler une autre. Donc ça peut prendre des années pour assimiler le Zéro Déchet ou pour changer complètement ses habitudes. Tant que c’est durable dans le temps, c’est le plus important. Normalement, en tant qu’être humain, on se connaît bien. Dans mon cas, je savais que cela me passionnait énormément. Lorsque je jetais quelque chose dans ma poubelle, je cherchais toujours une solution. Parfois, je ne la trouvais pas instantanément mais souvent, c’était très rapide donc les choses ont rapidement changé chez moi.

 

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Quelques gestes simples pour devenir Zéro Déchet ©Shutterstock.

 

 

Quelles sont les choses auxquelles tu as dû renoncer lorsque tu as épousé ce mode de vie ?

C’est une question difficile car il peut y avoir plein de nuances. La première année a été vraiment intense pour moi mais, attention, cela ne veut pas dire que les gens doivent m’imiter. Par exemple, j’ai arrêté d’acheter plein de choses et cela, même si ça me tentait vraiment. Le meilleur exemple que je peux donner c’est la mayonnaise. J’aimais vraiment ça mais j’ai arrêté d’en acheter car c’était emballé. Les gens n’ont pas besoin d’être intense, ça ne concerne que moi : j’avais besoin d’aller dans cette direction car je suis comme ça. Si je n’avais pas repoussé mes limites, je serais passé à côté de plein de solutions. Avec le temps j’ai réussi à trouver mon équilibre. Renoncer est un grand mot pour moi : soit j’ai remplacé ces choses avec le temps, soit j’ai trouvé des solutions. Par exemple, quand je veux vraiment un produit emballé, ma solution c’est d’en acheter le moins souvent possible : je vais me l’offrir de temps en temps, comme une sorte de récompense. Ça me permet également de mieux en apprécier la valeur.

 

Qu’est-ce que le Zéro Déchet t’a apporté ?

Définitivement, ça m’a apporté plus de bonheur. Avant, j’avais des valeurs environnementales, mais je n’étais pas nécessairement cohérente avec ces valeurs. Aujourd’hui, bien que je puisse consommer des choses emballées ou bien que je ne sois pas parfaite, je sais dans le fond que je fais de mon mieux. Ça m’a donné une certaine satisfaction et une cohérence dans ma vie. Je n’ai aucune raison d’arrêter ce mode de vie. Oui, mes habitudes fluctuent selon l’offre disponible ou selon ma vie, mais je vais continuer d’adhérer à ce mode de vie parce qu’il me donne une cohérence dans mon quotidien. Je consomme aussi des choses qui sont meilleures pour ma santé : pour cuisiner, j’achète moins d’aliments transformés, tout est en vrac, les aliments sont bruts. Au niveau du goût également, c’est une question d’habitude, mais je les trouve meilleurs. Dorénavant, quand je mange des choses transformées, je les trouve assez mauvaises. Au niveau des produits cosmétiques et ménagers, vu que je les fais moi-même – ou que je les achète local, faits par des gens en qui j’ai confiance – je trouve que ça m’a simplifié la vie car j’en ai moins. Les cosmétiques par exemple, j’ai vidé les ⅔ de ceux que j’utilisais avant. Il y a vraiment énormément d’avantages : au début, c’était principalement pour l’environnement mais avec le temps, j’ai trouvé tellement d’avantages pour ma vie et pour ma santé que, c’est certain, je ne retournerai plus en arrière.


 

Pour en savoir plus :

La décroissance – Le dossier de Rad 

La décroissance à échelle individuelle par Rad  

Le pouvoir de changer les choses par Mélissa de la Fontaine

Adopter un mode de vie zéro déchet 

Le Mini-Vert par Mélissa de la Fontaine

 

Par Laslia D.

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