Comment aider le Gecko vert de Manapany ?

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Photo d’illustration d’un gecko vert de Manpany (Phelsuma inexpectata) © Association Nature Océan Indien

 

Mickaël Sanchez est chargé de mission à Nature Océan Indien depuis 2011. Après avoir travaillé de nombreuses années sur sa conservation, il nous parle en détail du gecko vert de Manapany (Phelsuma inexpectata), l’un des deux geckos endémiques à la Réunion et menacés d’extinction.

 


 

Qu’est-ce que le gecko vert de Manapany ?

C’est un petit reptile multicolore de la famille des Gekkonidae. Pour la petite histoire, on a longtemps cru qu’il s’agissait du même gecko présent à l’ile Maurice : on pensait donc avoir une espèce commune présente sur les deux îles. Des scientifiques dans les années 90 ont démontré que, non, on avait bien un gecko endémique à la Réunion et, en plus de cela, seulement endémique au sud de la Réunion : il est présent sur une petite bande littorale d’environ 11 km de long.

 

Quels sont les facteurs liés à sa disparition ?

Il est important de savoir que ses populations, une quinzaine, sont complètement fragmentées : elles sont isolées les unes des autres, et menacées par une multitude de facteurs, parfois des facteurs qui entrent en synergie. ll y a, bien sûr, l’urbanisation et la disparition de son habitat naturel par la propagation de plantes envahissantes : à la Réunion, on est face à un problème d’envahissement, autant animal que végétal. Son habitat est très particulier : il vit dans des forêts littorales de Vacoas de bord de mer, et dans des jardins avec de jolis palmiers. Dans ces milieux naturels, ces forêts littorales sont envahies par des espèces exotiques qui la dégradent petit à petit. Parallèlement à ça, il existe la menace des prédateurs introduits dans les villes. Des geckos envahissants ont été introduit sur l’île (gecko de Madagascar), mais aussi les rats, les chats, les serpents ; toutes ces choses qui n’étaient pas présentes avant l’arrivée de l’Homme. On les a introduites et elles causent désormais des dommages sur ces populations.

Quelles sont ces plantes envahissantes ?

 

On a un gros problème avec le Schinus terebinthifolius (Faux-poivrier), qu’on appelle communément Baies Roses : il appartient aux cent espèces les plus envahissantes dans le monde, elle envahit aussi la Floride par exemple. Clairement, cette plante étouffe le milieu dans lequel elle est présente : elle colonise petit à petit, tuant la végétation environnante par-dessous.

Si on évite la propagation de cette plante dans son jardin personnel, peut-on aider individuellement au maintien d’un environnement propice ?

Oui, tout à fait : on doit éviter sa propagation dans les milieux complètement sauvages mais aussi dans les jardins. Avec les habitants qui vivent à Manapany-les-Bains, on organise des conventions : on collabore avec des familles qui s’engagent à protéger le gecko de Manapany dans leur jardin en entretenant les plantes favorables dans leur jardin. On leur en donne des nouvelles, ils n’utilisent pas de produits chimiques, ils font attention aux prédateurs ect… On a environ 150 refuges, c’est-à-dire 150 familles qui se sont engagées pour protéger ce gecko car elles ont compris l’importance de préserver cette espèce rare et unique au monde.

 

Au niveau de ses prédateurs naturels, qui sont-ils ?

En prédateurs naturels, au sens propre du terme, c’est-à-dire qui était là avant l’arrivée de l’Homme, il y en a beaucoup qui ont disparu car 22 espèces d’oiseaux ont disparu à la Réunion ! Parmi ces oiseaux, il y avait des prédateurs comme le faucon. Ils ont en majorité disparu mais en parallèle, on en a apporté d’autres : parmi ces espèces, on a la couleuvre loup ou couleuvre pays, une couleuvre d’origine indienne. C’est vraiment catastrophique sur les populations : ce serpent ne mange que du petit gecko. On a aussi le chat bien sûr, probablement les rats : ils mangent les oeufs des geckos c’est sur, et peut-être les individus. On dénombre aussi tous les oiseaux introduits comme le merle maurice. Le martin aime aussi les petits geckos. Les fourmis de feu peuvent être redoutables également, ce sont des fourmis rouges qui peuvent attaquer un gecko et le manger en entier.

Quelles sont les dernières estimations au niveau de sa population ?

C’est une estimation large et un peu bancale au niveau scientifique : elle manque de précisions, mais on estime entre 3000 et 5000 individus pour l’ensemble de toutes les petites populations. Nous mettons en place des protocoles d’estimation plus précis et carrés sur deux populations actuellement. À savoir que dans les années 1990, le dernier herpétologue qui les a estimé les comptait entre 5000 et 10 000 : cette estimation a quand même était réduite de moitié.

C’est assez dur d’estimer une population, car elle évolue beaucoup avec le temps. La dernière estimation qu’on a faite de notre côté était en 2010-2011. On aimerait en refaire une tous les dix ans, donc en 2020. Mais ce qui est certain, c’est que l’espèce décline. Entre les premières études et 2010, une partie de la population a disparu. Ma collègue qui travaille dessus actuellement a refait un état des lieux des populations, pour voir si elles étaient toujours présentes, et quelques populations ont encore disparu. Certaines étaient déjà au bord de l’extinction dix ans auparavant, mais dorénavant, on en compte davantage.

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Photo d’illustration d’un gecko vert de Madagascar, un prédateur du gecko vert de Manapany © Shutterstock

Quelles sont les retombées positives des actions que vous menez ?

Premièrement, la principale chose positive est le fait que l’on possède des lieux pour eux : des gens sont engagés durablement pour leur apporter leur aide. C’est une force de pouvoir travailler avec cette population car sur le long terme, c’est elle qui va sauver le gecko. Avoir ces 150 familles est déjà beaucoup pour nous et on les en remercie. Grâce à eux, on protège une belle surface. En plus de ça, ce sont les premiers à nous tenir informé et à nous alerter des nouvelles menaces, comme la présence de nouveaux prédateurs par exemple.

On travaille aussi dans des falaises littorales où il existe quelques populations sauvages. On joue sur ces deux tableaux en espérant en sauver un maximum : d’un côté, on a les refuges avec les particuliers et de l’autre côté, on fait de la restauration d’habitat dans les falaises avec des bénévoles. On arrache les mauvaises plantes et on replante celles dont ils ont besoin. Nous avons des suivis scientifiques plus précis dans ces zones-là.

Etant habitant de la Réunion, comment je peux aider à sa conservation ? Me suffit-il d’appeler l’association ?

Le gecko étant localisé sur une zone précise, on travaille seulement sur cette zone de répartition. On a souvent des gens qui habitent Saint-Denis ou ailleurs et qui veulent nous aider, mais le gecko n’est pas présent chez eux. Les populations de gecko sont déjà isolées donc l’idée n’est pas d’en prendre et d’en implanter ailleurs : on ne peut pas faire cela, l’idée est justement de rapprocher les populations existantes. Après, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, nos bénévoles veulent tous contribuer à la conversation de cette espèce. Rien que les observations dans la nature sont les bienvenues pour nous, ainsi, on peut suivre de cette manière la répartition des espèces exotiques.

On peut savoir qu’elles sont les espèces qui envahissent la Réunion. Les gens peuvent nous envoyer leur observation et leurs photos : on écrit tout cela dans nos bases de données, elles nous permettent de suivre la progression. Grâce à ça, on a pu détecter en 2010, une première invasion de Grand Gecko vert de Madagascar sur le territoire du gecko vert de Manapany et on a pu intervenir rapidement. En parallèle, il y a beaucoup de choses à régler comme les déchets et la pollution, qui, indirectement ont un impact sur les espèces. C’est toute une culture de l’environnement qu’il faut avoir.

Existe-t-il des zones protégées pour cette espèce ?

Pour le moment, il n’y a pas de zones officiellement protégées pour le gecko comme des réserves naturelles. Ça n’existe pas encore, pourtant c’est notre souhait.

Travaillez-vous en accord avec la municipalité ?

Il y a deux municipalités, la commune de Petite-île et celle de Saint-Joseph. Bien sur, on essaye de travailler avec eux puisque le gecko est présent sur ces deux communes. On essaye de contribuer aux plans locaux d’urbanisme afin que le gecko soit pris en compte. On essaye de mettre en avant des plantes favorables à planter par exemple.

Mais au point vu réglementaire, ça ne protège pas une zone : ce serait une joie pour nous qu’il y ait une zone protégée pour le gecko. Non seulement pour lui, mais aussi pour les nombreuses espèces qui vivent dans son environnement comme les oiseaux marins, les plantes endémiques littorales… Il y a de nombreux enjeux écologiques à protéger des zones naturelles.

Pour le moment, sont-ils plutôt réceptifs à votre combat ?

Oui, ils sont réceptifs mais c’est un travail de longue haleine. Notre travail sur les geckos de la Réunion a commencé seulement 10 ans auparavant et ça partait de loin. C’est très long et ce n’est pas en une vie qu’on verra les résultats.

 


Nature Océan indien est une association à but non lucratif de loi 1901. Elle contribue à la connaissance et à la conservation des espèces de reptiles indigènes à la Réunion.

Remerciements à Melissa Conord, Agathe Gérard, Thomas Roussel et Alicia Greil (service civique) pour leur investissement au sein de l’association et leur travail pour aider à la préservation de cette espèce.

Rejoindre l’association sur Facebook.

Plus d’informations ici.

 

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